🌴 Ahutoru, le Tahitien que j’ai rencontré par la Nouvelle-Zélande

L’histoire d’un homme que je connaissais sans le connaître. Premier Polynésien à fouler le sol européen, embarqué par Bougainville, rencontré Diderot, écouté l’opéra à Paris et mort en mer avant de revoir Tahiti. Voici pourquoi, maintenant que je vis au fenua, il fallait que j’en parle.


🌴ia ora na les curieux et les explorateurs du quotidien ! 🌺

Aujourd’hui, je ne vous emmène pas en rando. Je ne vous parle ni de baleines, ni de poisson cru, ni d’une nouvelle découverte sur la côte est. On change complètement de registre.

Je vais vous raconter une histoire. Une vraie. Une que peu de gens connaissent y compris ici, à Tahiti.

Et pour être tout à fait honnête avec vous, je vais aussi vous raconter pourquoi cette histoire m’a rattrapé. Parce qu’elle n’est pas venue à moi par hasard. Elle est venue par un drôle de chemin qui a commencé… en Nouvelle-Zélande.


📍 Sommaire

  1. Comment je suis tombé sur cette histoire
  2. Avant tout : qui était Ahutoru ?
  3. 6 avril 1768 : Bougainville débarque à Hitiaa
  4. Le grand départ : un acte de courage absolu
  5. La traversée : un Tahitien découvre le monde
  6. 16 mars 1769 : un Polynésien pose le pied en Europe
  7. L’année parisienne : Versailles, l’Opéra, Diderot
  8. La descente : quand l’engouement retombe
  9. Le long retour qui n’aboutira jamais
  10. Marion-Dufresne et la mort à Madagascar
  11. Pourquoi on l’a oublié
  12. Ce qu’il nous reste de lui
  13. Pourquoi je reviendrai sur Marion-Dufresne

I. Comment je suis tombé sur cette histoire🌴

Il faut que je commence par là, parce que sinon le reste de l’article n’aurait pas vraiment de sens.

Une partie de ma famille vit en Nouvelle-Zélande. Ma tante, mon oncle, mes cousins. Ils y sont installés depuis des dizaines d’années, et j’ai eu la chance d’y aller deux fois les voir. Si vous êtes déjà allés là-bas, vous savez que c’est un pays qui te met une grosse claque. Les paysages, la culture maorie, la vie à Auckland ou à Wellington, les contrastes, la géologie complètement folle… Bref, j’y suis tombé amoureux.

Et comme à chaque fois que je voyage, j’ai fouillé. J’aime bien comprendre l’histoire des endroits où je mets les pieds. Et c’est là, il y a quelques années, que je suis tombé sur une histoire qui m’a scotché :

La Nouvelle-Zélande aurait pu devenir française.

Non, sérieusement. Il y a eu une vraie fenêtre, en 1772, pendant laquelle un explorateur français est arrivé et a failli poser les premières bases d’une colonisation française. Cet explorateur s’appelait Marc-Joseph Marion-Dufresne. Un Malouin. Un ancien officier de la Compagnie des Indes. Il a débarqué dans la baie des Îles, il y est resté cinq semaines, il a sympathisé avec les Maoris… puis il s’est fait tuer par eux (et probablement mangé, parce que chez les Maoris à l’époque, manger son ennemi c’était prendre son mana). Son second, Crozet, a massacré un village en représailles, puis ils sont repartis. Et quelques années plus tard, Cook revenait, les Anglais prenaient le relais, et c’est le drapeau britannique qui s’est planté en Aotearoa.

Cette histoire m’a passionné. Je l’ai creusée de long en large. Et c’est comme ça que, dans la biographie de Marion-Dufresne, j’ai découvert qu’avant d’aller se faire tuer en Nouvelle-Zélande, il avait une autre mission : ramener un Tahitien nommé Ahutoru chez lui. Sauf qu’Ahutoru est mort quelques semaines après le départ, de la variole, au large de Madagascar.

À l’époque, je me rappelle avoir lu ce paragraphe en pensant « ah tiens, pauvre gars, et voilà, fin de l’histoire ». Puis j’étais reparti sur la suite, la Nouvelle-Zélande, la mort de Marion-Dufresne, tout ça.

Sauf qu’Ahutoru ne m’a jamais vraiment quitté.

Et quand je me suis installé à Tahiti il y a presque deux ans, ce petit fantôme est revenu me hanter. Parce que là, d’un coup, il n’était plus le paragraphe secondaire d’une autre histoire. Il devenait le personnage central. L’homme qui venait d’ici. L’homme dont je passe probablement devant la mémoire (ou son absence) à chaque fois que je prends la route de la côte est vers Hitia’a.

Du coup voilà. Aujourd’hui, je boucle la boucle. Je vous raconte son histoire. Parce que franchement, plus je l’ai creusée, plus je me suis rendu compte de deux choses :

Un : je n’avais jamais entendu personne en parler sérieusement ici. Même les gens passionnés d’histoire du fenua la mentionnent rarement.

Deux : c’est l’une des histoires les plus folles de tout le Pacifique, et elle dit quelque chose de très fort sur la façon dont l’Histoire a longtemps été écrite (toujours du côté des « découvreurs » européens).

Accrochez-vous. Ça vaut le coup.

(Et promis, l’histoire de Marion-Dufresne et de la Nouvelle-Zélande qui aurait pu être française, je vous la raconterai aussi, mais dans un autre article. Parce qu’elle mérite ses propres pages, et parce qu’aujourd’hui, c’est Ahutoru qui a la parole.)


II. Avant tout : qui était Ahutoru ? 🏝️

On va commencer par les bases. Parce que même son nom est compliqué.

Dans les textes français du XVIIIe siècle, vous le trouverez écrit « Aoutourou » ou « Aotourou ». C’est une transcription phonétique faite à l’oreille par Bougainville, qui ne connaissait évidemment pas l’orthographe du reo tahiti, qui n’a été fixée qu’au XIXe siècle, par les missionnaires. La forme correcte aujourd’hui, conforme aux conventions du reo mā’ohi, c’est Ahutoru.

Ses origines

Il est né vers 1740. Pas à Tahiti, comme on le dit parfois, mais à Raiatea, l’île la plus sacrée de tout l’archipel des Sociétés. Pour ceux qui ne situent pas, c’est dans les Îles Sous-le-Vent, à environ 200 km au nord-ouest de Tahiti. Raiatea, c’est le berceau spirituel de la Polynésie. C’est là que se trouve Taputapuatea, le marae le plus important de tout le triangle polynésien (classé UNESCO en 2017, pour ceux qui veulent creuser).

Né à Raiatea, donc, mais pas n’importe où dans la société : Ahutoru était le fils d’un chef (un arii) et d’une captive originaire d’Opoa. Ça en fait quelqu’un de naissance noble, mais avec une généalogie un peu particulière du côté maternel, ce qui n’a probablement pas été sans conséquence sur son parcours.

Au moment où l’histoire commence

Quand les Français débarquent en avril 1768, Ahutoru a environ 30 ans (c’est ce qu’estimeront les savants qui l’examineront à Paris). Il vit à ce moment-là à Hitia’a, sur la côte Est de Tahiti, pas à Raiatea. Il y est vraisemblablement le frère ou fils adoptif d’Ereti, le chef du village où vont mouiller les navires français. Cette filiation va tout changer.

Côté physique, on n’a malheureusement aucun portrait fiable de lui. Aucune peinture, aucune gravure d’époque. C’est l’un des grands mystères : un Tahitien à Paris en 1769, fréquenté par des artistes, présenté à la Cour, et personne ne l’a peint. (Ou alors les œuvres ont disparu.)

En revanche, sur sa personnalité, les sources sont unanimes :

  • Esprit vif et curieux
  • Grand sens de l’observation
  • Connaissances en astronomie (savoirs traditionnels de navigation polynésienne)
  • Sens de l’humour, populaire à bord
  • Capacité à composer de la poésie en reo mā’ohi pour décrire ce qu’il vivait

Bref, un homme intelligent et curieux. Tenez ça en tête, parce que ça va compter pour la suite.


III. 6 avril 1768 : Bougainville débarque à Hitia’a ⛵

Bon, posons le décor. On est en avril 1768. Louis-Antoine de Bougainville, officier de marine, est en plein tour du monde (le premier français de l’histoire). Il commande deux navires : la frégate La Boudeuse et la flûte L’Étoile.

Ses équipages sont fatigués, malades, ils ont du scorbut. Ils cherchent désespérément un point de relâche. En mer depuis trois mois après avoir quitté le détroit de Magellan, ils décident de mouiller dès qu’ils trouvent une passe.

Cette passe, c’est celle de Hitia’a o te ra, sur la côte orientale de Tahiti. Le 6 avril 1768, au point du jour, La Boudeuse et L’Étoile entrent dans le lagon. Ce n’est pas le mouillage idéal (c’est étroit, il y a des récifs partout), mais c’est ce qu’ils ont sous la main.

Petit aparté pour ceux qui connaissent Hitia’a : oui, c’est exactement là où il y a la stèle commémorative de Bougainville aujourd’hui, posée en 1968 pour le bicentenaire de l’arrivée. Allez la voir si vous passez par là, c’est sur le bord de la route, à côté du pont. Ce qu’il manque cruellement à cet endroit, vous l’avez deviné, c’est la stèle d’Ahutoru à côté. On y reviendra.

Les Tahitiens accueillent les Français comme on sait que ces premiers contacts se déroulaient à l’époque : d’abord la curiosité, puis les échanges, et puis toute la dimension de la rencontre culturelle (et physique, on ne va pas se mentir, le mythe de la « Nouvelle Cythère » né de cette escale est documenté).

L’apparition d’Ahutoru

Et au milieu de tout ça, Ahutoru est là. Dès les premiers jours, il monte à bord. Il y passe carrément la nuit sur L’Étoile. Sans peur. Curieux de tout. Il observe, il s’intéresse, il essaie de comprendre comment fonctionne ce monde flottant.

Bougainville le remarque immédiatement. Il y a quelque chose chez cet homme, son intelligence, son sens de l’observation, son aisance, qui le distingue des autres.

Et puis Ahutoru fait quelque chose qui a une portée énorme dans la culture polynésienne : il scelle avec Bougainville un pacte de taio.

Le taio, vous connaissez ?

Le taio, c’est une institution polynésienne fondamentale. C’est une alliance d’amitié cérémonielle, profonde, presque fraternelle. Quand deux hommes deviennent taio, ils échangent leurs noms en signe d’engagement mutuel. Cet engagement implique une obligation d’aide, de protection, et de respect, pour la vie.

Ahutoru, donc, prend le nom de Bougainville. Comme la phonétique tahitienne (que le linguiste Jacob Rodrigues Pereira étudiera plus tard à Paris) ne permet pas de prononcer certaines consonnes françaises, le nom devient « Poutaveri » dans sa bouche. Et lui-même se présentera désormais sous ce nom.

C’est important, ça. Parce que ça veut dire qu’aux yeux d’Ahutoru, ce qui se joue avec Bougainville, ce n’est pas une simple curiosité de voyageur, c’est une alliance solennelle. Pour lui, partir avec ce navire, c’est suivre son frère.


IV. Le grand départ : un acte de courage absolu 🌊

Neuf jours après l’arrivée des Français, soit le 15 avril 1768, La Boudeuse et L’Étoile s’apprêtent à repartir. Le mouillage à Hitia’a n’est pas sûr, plusieurs ancres ont déjà été perdues, il faut bouger.

C’est le moment de vérité.

Au moment des adieux, Ereti (le chef de Hitia’a, donc) insiste auprès de Bougainville pour qu’il emmène Ahutoru. Et Ahutoru lui-même le veut. Il monte vers cinq heures du soir à bord de La Boudeuse, en expliquant par signes qu’il saura guider les Français à travers les passes dangereuses de l’archipel.

Pause.

Pause là-dessus deux secondes, parce qu’on passe trop vite sur ce moment.

Réalisez ce que cet homme est en train de faire.

On est en 1768. Il a 30 ans. Il vit sur une île dont il connaît chaque rocher, chaque vallée, chaque famille. Il a une langue, une culture, des dieux, un système de croyances cohérent qui explique le monde.

Et là, deux navires inconnus sont arrivés il y a neuf jours. Avec à leur bord des hommes blancs, qui parlent une langue qu’il ne comprend pas, mangent des choses bizarres, portent des vêtements absurdes, ont des objets en métal qu’il n’a jamais vus, des armes qui crachent du feu.

Ces gens viennent d’un endroit dont il n’a aucune idée. Ils sont là pour repartir, et il n’a aucune garantie de revenir un jour. Aucune carte. Aucune connaissance préalable. Aucune notion du temps que ça va prendre. Aucune assurance qu’il va survivre.

Et il monte à bord. Volontairement. Parce qu’il veut voir.

Franchement ? Combien d’Européens de cette époque auraient eu ce courage dans le sens inverse ? Posez-vous la question. Combien de Bretons, de Parisiens ou de Marseillais auraient embarqué seuls sur un navire mā’ohi venu d’on-ne-sait-où, en sachant qu’ils ne reverraient peut-être jamais leur famille ?

Ahutoru n’est pas un « bon sauvage » passif emmené par les Européens. C’est un explorateur. Le premier explorateur polynésien à entrer dans le monde européen par la grande porte. Et tout son parcours mérite d’être lu sous cet angle.


V. La traversée : un Tahitien découvre le monde 🗺️

Le voyage de retour de La Boudeuse va durer presque un an. Bougainville va descendre vers les Samoa, puis remonter par l’Indonésie (les Hollandais y sont installés à Batavia, l’actuelle Jakarta), puis l’Île de France (Maurice), avant de remonter par le Cap de Bonne-Espérance et de rentrer en France par l’Atlantique.

Pendant tout ce voyage, Ahutoru n’est pas spectateur. Il devient une figure centrale à bord. Voici quelques épisodes qui en disent long.

Il enseigne plus qu’il n’apprend

Bougainville essaie de lui apprendre le français. Ça ne marche pas terrible, non pas parce qu’Ahutoru manque d’intelligence, mais parce que la phonétique tahitienne est structurellement très éloignée du français. Pas de voyelles nasales, peu de consonnes en commun, une grammaire totalement différente. Bougainville lui-même s’en défendra plus tard contre ses détracteurs parisiens.

Mais en sens inverse, Ahutoru enseigne à Bougainville une quantité folle de choses sur Tahiti. Le navigateur n’avait passé que neuf jours sur l’île, il avait vu les apparences. Ahutoru lui révèle ce qu’il y a derrière :

  • Que les guerres entre îles sont fréquentes
  • Que l’esclavage existe (sa propre mère en avait été)
  • Que des sacrifices humains sont pratiqués
  • Qu’il y a un système de classes très strict (les arii, les ra’atira, les manahune)

C’est grâce à ces conversations qu’à son retour en France, Bougainville pourra écrire un livre « Voyage autour du monde » qui ne se contente pas de dire que Tahiti est un paradis, mais qui apporte des informations ethnographiques précises. Ahutoru est, sans le savoir, le premier informateur ethnographique de l’Europe sur la culture polynésienne.

Sa façon d’apprendre

À table, son comportement raconte un homme qui essaie de comprendre par l’observation. À la table des matelots, il plonge sa cuillère dans toutes les gamelles (étiquette polynésienne du partage). À la table des officiers, il flaire chaque plat avant de goûter, observe comment les Européens se comportent, et imite. Le vin et les épices fortes lui font horreur, mais les confitures, c’est sa passion absolue.

Il apprend, il s’adapte, il observe. Sans jamais perdre sa fierté.

L’incident de Buru

Une escale à Buru, en Indonésie, lui apprend brutalement quelque chose sur le monde. Confronté pour la première fois à un comptoir colonial européen (hollandais en l’occurrence), il se présente fièrement comme un chef tahitien voyageant pour son plaisir avec ses amis. Bougainville, occupé avec des problèmes diplomatiques, le consigne à bord.

Ahutoru le prend très mal. Il s’imagine qu’on a honte de lui à cause de son physique. C’est probablement la première fois qu’il fait l’expérience d’une humiliation coloniale, sentir qu’on le cache, qu’on a « honte » de lui face à d’autres Européens. Ce sera, hélas, un thème récurrent.

À Batavia (Jakarta), il tombe gravement malade, atteint de dysenterie. Il met des mois à s’en remettre. La ville est insalubre, beaucoup d’Européens y meurent aussi.

Mais il survit. Et le voyage continue.


VI. 16 mars 1769 : un Polynésien pose le pied en Europe

Après une traversée pénible de l’Atlantique, La Boudeuse arrive en France. Pas à Brest comme prévu, mais à Saint-Malo, le 16 mars 1769.

Réalisez ce moment.

Pour la première fois dans l’histoire connue de l’humanité, un Polynésien pose le pied sur le sol européen.

Vous savez que la Polynésie a été peuplée à partir du IIIe-Ve siècle, par des navigateurs venus d’Asie du Sud-Est. Que pendant plus de mille ans, ils ont colonisé tout le triangle polynésien, de Hawaii à l’Île de Pâques en passant par la Nouvelle-Zélande. Qu’ils étaient les plus grands navigateurs du monde, capables de traverser des milliers de kilomètres d’océan en se guidant aux étoiles.

Mais aucun d’eux n’avait jamais été en Europe. Aucun. Ahutoru est le premier. Le premier Polynésien à fouler le Vieux Continent.


VII. L’année parisienne : Versailles, l’Opéra, Diderot ✨

Bougainville l’emmène rapidement à Paris. Au début, Ahutoru est malade et reste enfermé. Puis, le 30 avril 1769, c’est le grand moment : il est présenté à Louis XV à Versailles.

Imaginez la scène. Un Polynésien de 30 ans, devant le roi de France. Dans la galerie des Glaces, peut-être. Bougainville à côté qui essaie de faire les présentations. Ahutoru qui regarde tout ça avec ses propres catégories mentales, quel sens donne-t-il à ce qu’il voit ? Comment classe-t-il ce roi par rapport à ses propres arii ? Que pense-t-il de Versailles, lui qui a grandi entre des fare en pandanus et des marae en pierre volcanique ?

On ne le saura jamais. Personne n’a recueilli son témoignage à lui. C’est l’un des grands manques de cette histoire : on a Bougainville qui parle de Tahiti, mais pas Ahutoru qui parle de Versailles. Quelle perte.

Le tout-Paris des Lumières

Pendant l’été 1769, Ahutoru devient brièvement la coqueluche de Paris. Il fréquente une partie incroyable de l’élite intellectuelle de l’époque :

  • Denis Diderot, oui, le Diderot de l’Encyclopédie. Cette rencontre va inspirer à Diderot le personnage d’Orou dans son fameux Supplément au Voyage de Bougainville (écrit en 1772, publié en 1796). Un texte philosophique majeur sur l’état de nature, la morale sexuelle, et la critique de la civilisation européenne. Tout ça, en partie, à cause d’Ahutoru.
  • Charles de La Condamine, le grand explorateur et géographe, qui veut le tester scientifiquement.
  • Jérôme Lalande, l’astronome (Ahutoru avec ses connaissances astronomiques polynésiennes a sûrement eu des échanges fascinants avec lui — encore une chose qu’on aurait adoré pouvoir transcrire).
  • Bernardin de Saint-Pierre, le futur auteur de Paul et Virginie.
  • La duchesse de Choiseul, Béatrix de Choiseul-Stainville, qui devient son amie et continuera à le voir régulièrement.
  • Jacob Rodrigues Pereira, le savant qui étudie sa langue et conclut que sa phonétique ne lui permet de prononcer que peu de consonnes françaises et aucune voyelle nasale.

Sa vraie passion : l’opéra

Et le truc surprenant ? Sa passion absolue à Paris, c’est l’Opéra.

Il y va, encore et encore. Il s’y rend seul, parfois. Il adore. On peut imaginer ce que représentait, pour un homme issu d’une culture où la musique, le chant, la danse sont au cœur du sacré (le ‘orero, le ‘ote’a, les chants à plusieurs voix), la découverte de l’opéra français du XVIIIe siècle. Lully, Rameau, Gluck. Des voix prodigieuses, des décors monumentaux, des orchestres entiers.

Pour quelqu’un qui avait grandi avec les chants polynésiens, ça devait être à la fois familier (on parle quand même de chant et de mise en scène) et complètement extraterrestre (la polyphonie occidentale, les instruments à cordes, la structure narrative de l’opéra italien).

Il s’adapte aussi très vite à la vie quotidienne parisienne : il circule seul dans la ville, il utilise l’argent, il a plusieurs liaisons.

Il a 30 ans, il est un homme libre dans la ville la plus brillante d’Europe. Pendant quelques semaines, il vit pleinement.


VIII. La descente : quand l’engouement retombe 🍂

Et puis… voilà. La curiosité parisienne, c’est un feu de paille.

C’est l’historien Antoine Lilti qui l’a très bien montré dans ses recherches récentes : passé fin avril 1769, Ahutoru disparaît presque entièrement des gazettes et des correspondances parisiennes. L’engouement initial, quelques semaines, à peine, retombe. On passe à autre chose. Une nouvelle pièce de théâtre, un scandale de cour, peu importe, mais pas Ahutoru.

Bougainville, de son côté, se fait sérieusement attaquer. On lui reproche d’avoir « arraché un autochtone à sa patrie » pour le ramener à Paris comme un objet de curiosité. C’est l’époque où les idées de Rousseau commencent à infuser : l’homme naturel, la critique de la civilisation. Et certains pamphlétaires se déchaînent. Un texte va même jusqu’à insinuer qu’Ahutoru n’est pas un vrai Tahitien, parce qu’il ne parle ni anglais ni espagnol ni français (logique imparable, hein).

Bougainville se défend dans son livre. Il jure que c’est Ahutoru lui-même qui a voulu venir, qu’Ereti a insisté, qu’il a même hésité à l’embarquer. Il a raison sur les faits. Mais le mal est fait.

Ahutoru dépérit

Au bout d’environ onze mois à Paris, Bougainville constate que son ami va mal. Il s’ennuie. Il est seul. La nouveauté est passée. Les gens qui l’entouraient au début se détournent. Il commence à déprimer visiblement.

Bougainville prend alors une décision admirable : il décide de financer son rapatriement sur sa propre fortune. Il y consacre 36 000 francs, soit comme il l’écrira lui-même, un tiers de tout ce qu’il possède. C’est énorme. C’est peut-être la chose la plus belle qu’il ait faite de sa vie.

La duchesse de Choiseul ajoute une somme considérable pour acheter des outils, des semences et du bétail destinés à Tahiti, l’idée étant qu’Ahutoru ne rentre pas seulement chez lui, mais qu’il rentre avec des cadeaux qui amélioreront la vie de son peuple.

L’intention est bonne. La suite va être tragique.


IX. Le long retour qui n’aboutira jamais ⏳

Le 4 mars 1770, Ahutoru embarque à La Rochelle sur un navire appelé Le Brisson. Direction l’Île de France (l’actuelle île Maurice), première escale stratégique pour ensuite trouver un bateau qui ira à Tahiti.

Le voyage dure presque huit mois. Il arrive à Maurice le 23 octobre 1770.

Et là, il va attendre. Un an entier.

À Maurice, il est hébergé par Pierre Poivre, l’intendant de l’île, et y rencontre notamment Bernardin de Saint-Pierre (qui prend des notes sur lui, notes qui restent l’une des sources les plus précieuses sur sa physionomie, publiées plus tard par l’universitaire Malcolm Cook). Mais aucun navire ne part vers le Pacifique. La logistique de l’époque, les considérations politiques, économiques, météorologiques, il faut les bonnes conditions, le bon bateau, le bon capitaine.

Pendant cette année d’attente, Ahutoru profite. Trop, même. Les sources mentionnent qu’il abuse parfois de l’alcool et fréquente quelques mauvaises compagnies de Port-Louis. Il a 31 ans, il est loin de chez lui depuis plus de deux ans, il attend un bateau qui n’arrive pas. Difficile de lui en vouloir.

Il faudra attendre qu’un homme prenne enfin le relais.


X. Marion-Dufresne et la mort à Madagascar ⚓

Cet homme s’appelle Marc-Joseph Marion-Dufresne.

Oui, c’est lui. Celui par qui cette histoire m’est venue, il y a des années, en Nouvelle-Zélande. Le personnage qui m’a mené à Ahutoru sans que je le sache. Drôle de croisement, quand même, que cet homme que je connaissais pour sa fin tragique en Nouvelle-Zélande soit celui qui croise ma route ici à Tahiti par l’autre bout de son histoire.

Mais revenons à 1771.

C’est un Malouin. Ancien officier de la Compagnie des Indes, au chômage depuis la liquidation de celle-ci en 1769. Il est installé à Maurice. Il cherche une mission. Il est ambitieux, audacieux, et il a un projet en tête : aller chercher la mythique Terra Australis Incognita, ce continent austral que les Européens cherchent depuis des décennies.

Marion-Dufresne convainc Pierre Poivre de lui donner les moyens d’une expédition. La mission a deux objectifs :

  1. Ramener Ahutoru à Tahiti
  2. Chercher la Terra Australis

Marion-Dufresne arme l’expédition principalement sur sa propre fortune (lui aussi). Il achète le Marquis de Castries (16 canons) et obtient l’usage du Mascarin (22 canons, prêté par le Roi). Cette générosité personnelle, on la retrouve donc deux fois dans l’histoire d’Ahutoru, Bougainville d’abord, Marion-Dufresne ensuite. Deux hommes qui investissent leur fortune pour ramener un Tahitien chez lui.

Le départ

L’expédition appareille de Port-Louis le 18 octobre 1771. Une raison pratique pousse au départ : une épidémie de variole ravage Maurice, et Marion-Dufresne veut s’éloigner de la zone infectée.

Mais Ahutoru est déjà contaminé. Il n’avait pas été « inoculé » (c’est-à-dire vacciné selon la technique de l’époque, qui consistait à inoculer une dose contrôlée de la maladie pour immuniser, la vaccination moderne de Jenner ne sera mise au point qu’en 1796).

Comme la plupart des populations isolées au contact d’un nouveau pathogène, les Polynésiens sont totalement vulnérables à la variole. Ils n’ont aucune immunité acquise. C’est un peu la version XVIIIe siècle du choc immunologique qui décimera tant de populations indigènes au contact des Européens.

Le Mascarin file vers Madagascar pour faire escale à Fort-Dauphin (l’actuelle Tôlanaro). Pendant la traversée, l’état d’Ahutoru se dégrade.

La fin

Le 6 novembre 1771, soit dix-neuf jours seulement après le départ, Ahutoru meurt.

Selon les sources les plus précises, il s’éteint vers 21 heures, dans d’atroces souffrances. La variole, c’est terrible : fièvre, pustules sur tout le corps, hémorragies internes. Une mort lente et douloureuse.

Il a environ 31 ans.

À l’aube, après la prière des morts, son corps est cousu dans une toile et immergé dans l’océan Indien, devant Fort-Dauphin, avec les honneurs de la Marine royale française. Marion-Dufresne fait dresser un procès-verbal détaillé de ses derniers moments, document précieux qui, combiné aux journaux des trois principaux officiers de l’expédition (Crozet, Du Clesmeur, Le Dez) et au témoignage de l’abbé Maudoux qui assista à ses derniers instants, fait qu’on en sait paradoxalement plus sur sa mort que sur la plupart des épisodes de sa vie.

Et voilà. C’est terminé. Ahutoru, le premier Tahitien à avoir traversé tous les océans, vu Versailles, fréquenté Diderot, écouté l’opéra à Paris, repose au fond de l’océan Indien, à des milliers de kilomètres de Raiatea.

Il n’a jamais revu le fenua.

Et Marion-Dufresne, justement ?

C’est là que les deux branches de cette histoire se rejoignent pour moi. Marion-Dufresne, sa mission Tahiti tombée à l’eau (au sens propre), décide de continuer vers la Nouvelle-Zélande pour la deuxième partie de sa mission.

Je vous raconterai cette partie-là dans un prochain article, elle mérite ses propres pages. Mais ce qui me frappe aujourd’hui, à regarder ces deux destins, c’est ceci : aucun des deux hommes qui s’étaient engagés à ramener Ahutoru chez lui n’a survécu à cette histoire. Marion-Dufresne mort à 48 ans en Nouvelle-Zélande. Bougainville, lui, vivra jusqu’en 1811 et sera enterré au Panthéon, mais ne reverra jamais Tahiti non plus.

Et un dernier détail qui me touche profondément : le vocabulaire tahitien que Bougainville avait constitué grâce à Ahutoru servira aux Français de l’expédition Marion-Dufresne pour communiquer avec les Maoris (les langues sont apparentées, c’est la grande famille des langues austronésiennes et plus précisément polynésiennes). Donc même mort, Ahutoru voyageait encore. Il continuait à servir de pont entre les peuples du Pacifique. Les mots qu’il avait appris à ses amis français ont été prononcés devant les Maoris, dans la baie des Îles, quelques semaines avant le drame.


XI. Pourquoi on l’a oublié 🌫️

Question que je me pose depuis le début : pourquoi on ne nous a jamais raconté cette histoire ?

J’ai plusieurs hypothèses.

1. Parce que l’Histoire a été écrite par les « découvreurs ». Pendant longtemps, les manuels scolaires français parlaient des grands navigateurs européens, Magellan, Cook, Bougainville, La Pérouse, comme des héros qui découvraient des terres « vierges ». Les peuples qu’ils rencontraient étaient des décors, pas des acteurs. Ahutoru, c’est l’inverse de ce récit : c’est un Polynésien qui découvre l’Europe. Ça ne rentrait pas dans le schéma. Donc on l’a effacé.

2. Parce qu’il est mort sans rien laisser d’écrit. Il ne savait ni lire ni écrire au sens européen. Il n’a jamais été interviewé sérieusement. Il n’a pas laissé de témoignage personnel sur son expérience. Tout ce qu’on sait de lui, on le sait à travers les yeux des Européens. Ce n’est pas un effacement par malveillance, c’est un effacement structurel : les voix qui n’écrivent pas dans la langue des dominants disparaissent.

3. Parce que sa mort est arrivée « trop tôt ». Si Ahutoru était rentré à Tahiti, il aurait pu raconter son voyage, marquer la mémoire orale polynésienne, peut-être influencer les contacts ultérieurs avec les Européens (Cook arrive à Tahiti l’année suivante, en 1769, puis revient en 1773 et 1777). Mort à 31 ans en mer, son histoire n’a même pas pu rejoindre la culture qui aurait dû la conserver.

4. Parce qu’il n’y a pas de portrait. C’est crucial pour la mémoire collective. Bougainville a son buste, sa fleur, ses statues. Ahutoru n’a aucun visage à montrer. On a essayé de le retrouver dans des gravures du XIXe siècle, mais aucune n’est fiable. Pour le grand public, « pas d’image = pas d’existence ».

5. Parce qu’on n’a pas voulu (ou su) le revendiquer. Côté français, c’est compréhensible, l’histoire est gênante, elle finit mal, elle pose la question morale du déracinement. Côté polynésien, c’est plus complexe : il n’est pas devenu une figure de la lutte anticoloniale (comme Pomare V, Pouvanaa), il n’est pas devenu un héros mythologique (il est trop récent), il n’a pas eu de descendance documentée qui aurait porté sa mémoire. Il est tombé entre les chaises.

Mais ça commence à changer. Le livre de Véronique Dorbe-Larcade en 2023 (Ahutoru ou l’envers du voyage de Bougainville à Tahiti, Au Vent des îles) marque un vrai tournant. Antoine Lilti, dans ses recherches universitaires, lui consacre des chapitres. Philippe Prudhomme avait déjà écrit un roman biographique en 2011 (La Malédiction de la Tortue). Doucement, l’histoire ressort.

C’est un peu pour ça que j’écris cet article, d’ailleurs. Pour ajouter une pierre à cette mémoire qui se réveille.


XII. Ce qu’il nous reste de lui 🪶

Concrètement, qu’est-ce qu’on a aujourd’hui d’Ahutoru ?

Des sources écrites :

  • Le livre de Bougainville (Voyage autour du monde, 1771), où il est présent dans plusieurs chapitres
  • Les journaux de bord des officiers de Bougainville (Vivez, Saint-Germain, Fesche), édités par Étienne Taillemite à l’Imprimerie Nationale en 1977
  • Les manuscrits de Bernardin de Saint-Pierre sur sa rencontre avec lui à Maurice, publiés tardivement par Malcolm Cook
  • Le procès-verbal de sa mort rédigé par Marion-Dufresne
  • Les journaux des officiers de l’expédition Marion-Dufresne
  • Diverses gazettes parisiennes de 1769 (Le Mercure de France, La Gazette)
  • Le récit de l’abbé Rochon (Mission pour le retour d’Aoutourou à Tahiti, 1801)

Des écrits inspirés :

  • Supplément au Voyage de Bougainville de Diderot (1772), où le personnage d’Orou est en partie inspiré par Ahutoru
  • Des évocations chez Rousseau et chez Bernardin de Saint-Pierre

En Polynésie aujourd’hui :

  • Des paragraphes dans certains ouvrages locaux
  • Le travail récent de Véronique Dorbe-Larcade (livre publié à Tahiti en 2023)
  • La Société des Études Océaniennes qui mentionne son histoire
  • Quelques articles dans la revue Hiroa (du Service du Patrimoine)

Aucun portrait fiable. Aucune statue. Aucun mémorial à sa hauteur. C’est ça la réalité.

Une idée que je trouve belle

Quand j’ai cherché à comprendre pourquoi il n’y avait aucune représentation de lui, j’ai longtemps trouvé ça frustrant. Et puis j’ai changé d’angle.

L’absence de portrait, c’est aussi une liberté laissée à l’imagination. Aucun artiste contemporain polynésien qui voudrait le représenter n’aurait à se mesurer à une icône fixée. Son visage est à inventer, à proposer, à offrir.

Pour un peintre, un sculpteur, un illustrateur d’aujourd’hui qui voudrait rendre hommage à Ahutoru, c’est presque un cadeau. Le mémorial reste à faire. La figure reste à incarner.

Ça m’a fait imaginer ce que serait, par exemple, une stèle moderne à Hitia’a juste à côté de celle de Bougainville. Pas une simple plaque, mais une double stèle : Bougainville d’un côté, Ahutoru de l’autre, à hauteur égale, comme deux taio. Pour rappeler que cette rencontre s’est faite à deux. Pour rappeler que partir n’est pas seulement le fait des Européens.

Ou bien un mémorial à Raiatea, son île natale, qui le restitue à son contexte d’origine, pas comme l’accessoire de l’aventure de Bougainville, mais comme un homme de Raiatea, fils de l’île sacrée, qui est allé voir le monde.

Ou simplement : un nom donné à une école. Un prix littéraire pour les jeunes polynésiens. Une bourse de voyage. Une rue. Un événement.

Mais je m’égare. Revenons à l’essentiel.


XIII. Pourquoi je reviendrai sur Marion-Dufresne 🌺

Je vais finir par où j’ai commencé.

Il y a quelques années, j’ai découvert l’histoire de Marion-Dufresne en cherchant à comprendre la Nouvelle-Zélande. Je me suis passionné pour ce Malouin qui avait failli faire d’Aotearoa une terre française, et qui y a laissé sa peau. Et dans un paragraphe de sa biographie, j’ai lu qu’il était parti de Maurice avec la mission de ramener un Tahitien chez lui, mais que ce Tahitien était mort très vite.

À l’époque, j’étais en métropole. Ce paragraphe était pour moi un simple détail narratif.

Aujourd’hui, je vis à Tahiti. Et ce « détail », c’est devenu un homme. Un homme qui est né à Raiatea, qui est monté à bord d’un navire étranger sans aucune garantie de revenir, qui a vu Versailles, qui a écouté l’opéra à Paris en 1769, qui a fait découvrir à Diderot ce qu’était vraiment sa culture, et qui est mort à 31 ans, loin de chez lui, sans avoir pu raconter son voyage aux siens.

C’est fou, les chemins que les histoires prennent pour arriver jusqu’à nous.

Je crois que c’est pour ça que j’écris cet article. Parce que l’histoire d’Ahutoru, je ne serais jamais allé la chercher directement. Elle est venue à moi par une autre histoire, dans un autre pays, pour une autre raison. Et maintenant que je vis sur le fenua dont il vient, c’est devenu évident qu’il fallait que je lui rende cette petite chose : raconter son histoire, avec mes mots, sur ce petit blog, à ceux qui voudront bien lire.

Ahutoru représente plein de choses. Une agentivité polynésienne qu’on a trop longtemps effacée. Une intelligence hors du commun. Un pont entre deux mondes de navigateurs.

Mais pour moi, il représente aussi autre chose, plus intime : la preuve que l’Histoire circule. Qu’elle passe par des chemins imprévus. Que des vies séparées de 250 ans et de milliers de kilomètres peuvent finir par se toucher, à travers une famille en Nouvelle-Zélande, un Malouin qui rêvait de Terra Australis, un Tahitien qui voulait voir le monde, et un mec de métropole qui s’est installé à Tahiti par hasard et qui essaie aujourd’hui de faire sa petite part.

La prochaine fois que vous passez à Hitia’a, sur la route de la côte est, faites un détour par la stèle de Bougainville, sur le bord de la route près du pont. Elle est facile à manquer. Mais maintenant que vous savez, en la regardant, vous pouvez aussi penser à l’autre. À celui dont aucune pierre ne porte le nom. À ce jeune homme de Raiatea qui, un soir d’avril 1768, est monté à bord d’un navire qu’il ne connaissait pas, pour voir un monde qu’on ne lui avait jamais raconté.

Ahutoru Poutaveri, le premier voyageur polynésien des deux mondes. 🌺


📚 Pour aller plus loin

  • Véronique Dorbe-Larcade, Ahutoru ou l’envers du voyage de Bougainville à Tahiti, Au Vent des îles, Pirae, 2023
  • Louis-Antoine de Bougainville, Voyage autour du monde, 1771 (réédition critique Bideaux & Faessel, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2001)
  • Étienne Taillemite, Bougainville et ses compagnons autour du monde 1766-1769. Journaux de navigation, Imprimerie Nationale, 1977
  • Antoine Lilti, « Comment peut-on être Tahitien ? Ahutoru à Paris (1769) », dans Paris et ses peuples au XVIIIe siècle, Éditions de la Sorbonne, 2020
  • Denis Diderot, Supplément au Voyage de Bougainville, 1772 (publié 1796)
  • Edward Duyker, An Officer of the Blue : Marc-Joseph Marion Dufresne, Melbourne University Press, 1994
  • Philippe Prudhomme, La Malédiction de la Tortue, roman biographique
  • Serge Tcherkézoff, Tahiti 1768. Jeunes filles en pleurs, 2004